Eliacoop tient son histoire des origines
de l’insémination bovine en France

22 Octobre 2013
Les éleveurs sont à l’origine, dès 1946, du développement de l’insémination bovine en France. Leur objectif est, grâce à la technique, de reconstituer le cheptel décimé. Ils se constituent alors en coopératives sur les différents bassins laitiers, établissant un découpage géographique encore identifiable aujourd’hui.
Eliacoop est née en 1994 de la fusion de 3 coopératives historiques : la coopérative du Bassin Lyonnais, qui a introduit l’insémination dans la région, la coopérative du Bassin Grenoblois et la coopérative de la Drôme Ardèche. Sa zone d’activité s’étend de fait sur les départements originellement desservis : le Rhône, l’Isère, la Drôme et l’Ardèche, mais également une partie  de l’Ain et de la Lozère. Son histoire est inscrite dans un territoire.

Le développement de l’insémination bovine en France

1945, la France a faim

L’insémination animale bovine se développe en France à partir de 1945, quand aux lendemains de la seconde guerre mondiale les français manquent de lait et de viande. L’élevage est dans une situation difficile : un quart du cheptel a péri dans les bombardements, l’état sanitaire et les rendements sont déplorables (une vache produit à l’époque 2000 litres de lait par an quand elle en produit aujourd’hui, selon la race, 3 à 6 fois plus).
Partout les éleveurs s’organisent en syndicats et décident d’utiliser l’insémination pour redresser le cheptel. Ils ont entendu parler du succès de cette technique déjà utilisée en Russie (1910) ; au Danemark, en Angleterre et aux  Etats-Unis (1930).
Encouragés et soutenus par une politique tarifaire incitative des laiteries qui recherchent du lait pour nourrir la population des villes, les éleveurs se réunissent sous forme coopérative et créent les premiers centres d’insémination avec comme limite d’intervention les différents bassins laitiers : les éleveurs de la Beauce sont les précurseurs du mouvement. Le centre de La Loupe, en Eure-et-Loire est inauguré  le 3 novembre 1945, pour répondre aux besoins en lait de la zone couverte par la Laiterie parisienne.
La bonne réussite des inséminations et l’extrême urgence de l’amélioration sanitaire permettent le développement rapide de l’insémination. D’autres coopératives se développent, toujours rattachées à une zone de collecte de lait. De 1945 à 1950, 46 centres sont créés qui répartissent leur activité sur le territoire national.
De 5 000 inséminations réalisées en France en 1946, on passera à 450 000 en 1950, 2 200 000 en 1956.

1966 : l’Etat décrète l’insémination « mission d’intérêt général »

Au cours des années 1960, pour faire face à la productivité des bovins français qui stagne à de faibles niveaux comparée aux performances des cheptels des pays voisins, l’Etat décide de réglementer la branche insémination.
La loi sur l’élevage de 1966 annonce la création réglementée de « centres de production de semences » (les actuelles « unités de sélection », ou « entreprises de sélection »), dissociés des « centres de mise en place » qui dans cette nouvelle répartition des missions, sont chargés de l’activité d’insémination dans les élevages. Bien qu’organismes privés, ils représentent pour l’Etat une mission d’intérêt général en assurant sur l’ensemble de leur zone d’action géographique le service insémination, toute l’année, chez tous les éleveurs. Chaque centre a l’obligation d’apporter le service auprès de tous les éleveurs situés sur le secteur qu’il recouvre et qui lui en font la demande. Même dans les zones d’élevage relativement éloignées ou difficilement accessibles, les éleveurs doivent avoir accès au progrès génétique via l’insémination. C’est pourquoi, pour leur permettre d’assurer cette mission considérée comme d’utilité publique, l’Etat leur attribue une exclusivité de zone géographique sous le contrôle du Ministère de l’Agriculture, en s’appuyant sur l’unité départementale et en légitimant les premiers centres nés sur la zone territoriale en question. L’exclusivité de zone confère aux seuls inséminateurs d’un centre agréé le droit d’inséminer les troupeaux de la zone considérée. En retour, les centres d’insémination doivent participer aux efforts de financement des centres de production de semence.

2006 : l’Europe insuffle un climat concurrentiel

La France est le seul pays Européen à avoir conféré, au travers de la loi sur l’élevage de 1966, un monopole de zone à un groupe d’entreprises coopératives pour l’action d’insémination. C’est pourquoi la loi d’orientation agricole (LOA) votée en 2006 a entraîné la suppression de l’exclusivité territoriale pour les coopératives d’insémination.
Les coopératives aujourd’hui en concurrence doivent veiller à leur rentabilité et imaginer l’avènement d’un autre système de solidarité. Avec un marché de l’insémination en baisse, elles doivent réfléchir au développement d’une croissance externe, en diversifiant leurs activités, toujours au regard de l’intérêt des éleveurs.
Toutefois, la mission d’utilité publique des coopératives étant menacée par la perspective concurrentielle, l’Etat a envisagé un « service universel » créé pour la distribution et la mise en place des doses dans les zones peu denses en élevage, non rentables économiquement. Ce service consiste à agréer, suite à un appel d’offres, une entreprise pour l’activité insémination qui bénéfice en contrepartie d’un soutien financier de la part de l’Etat. Le Ministère de l’Agriculture s’est d’abord réservé la possibilité d’accorder cet agrément de 2007 à 2010 aux centres de mise en place antérieurement autorisés. Pour la période courant du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2014, les coopératives historiques ont dû se soumettre à un appel d’offre (Arrêté du 24 juin 2009).

L’insémination en Alpes Rhône

1947 : les éleveurs du Bassin Lyonnais créent le premier centre de Rhône Alpes

L’immédiat après-guerre voit la création dans le Rhône de la fondation des producteurs de lait du Bassin Lyonnais. Son objectif est de défendre le prix du lait payé, d’organiser le ramassage et de sensibiliser les éleveurs à la qualité du lait collecté.
Le 14 mars 1947, 30 de ces exploitants impliqués votent la création du centre d’insémination CEBL (Coopérative d’Elevage et d’Amélioration de la production laitière du Bassin Lyonnais), à la Tour de Salvagny. L’Ecole vétérinaire de Lyon participe un temps à la formation des inséminateurs mais reçoit un blâme du Ministère de l’Agriculture qui renie la profession. Les éleveurs sont seuls, l’Etat ne les soutient pas. Les inséminateurs seront donc formés en interne et recrutés parmi les fils d’exploitants « qui partagent la même solidarité et le même enthousiasme », précise Denis Lefèvre dans son ouvrage Eleveurs passions solidaires (ACTA, 1997).

Les coopératives d'insémination sont nées du syndicalisme laitier. Leur réussite repose sur la confiance.

André Charvet, ancien Directeur de la CEBL qui dès 1947 travaillât au développement de la technique insémination et à la formation du personnel (Le taureau à roulettes, Edition privée, 2000) rappelle que la coopérative est née à l’après-guerre de la seule volonté des éleveurs d’intégrer le progrès génétique dans leurs élevages et de s’unir pour être plus forts. « Nous sommes nés du syndicalisme laitier. La coopérative agricole était une évidence en 1947, le meilleur moyen pour un groupement de producteurs d’obtenir une force de négociation. A l’époque, la France crevait de faim, chacun s’est investi. » Il ajoute un élément important : « Le mot confiance est à la base de la réussite de la coopérative d’insémination. Cette confiance a été acquise dans les années 1945, 1946, quand la région lyonnaise subissait d’affreuses sécheresses, avec impossibilité  totale de nourrir le bétail. La fédération des producteurs de lait s’est alors chargée de transporter le foin depuis la Moselle excédentaire vers le Bassin Lyonnais. Depuis, les paysans ont décidé de faire naturellement confiance lorsque la fédération décidait quelque chose ; ils ont fait confiance lorsqu’elle a créé le centre d’insémination. »
C’est encore ce qui fait aujourd’hui la particularité inimitable de la coopérative : dirigée par et pour les éleveurs, le profit généré est à leur seul bénéfice. « C’est le rôle de l’inséminateur de faire gagner de l’argent aux éleveurs. »

La Coopérative du Bassin Lyonnais oeuvre au déploiement et à l’organisation de l’insémination en Alpes Rhône


A force de démarches pour convaincre les éleveurs, à force d’investissement et de résultats, le bouche à oreille fonctionne et l’insémination devient presque une évidence pour qui est ouvert au progrès.
La CEBL (Coopérative d’Elevage et d’Amélioration de la production laitière du Bassin Lyonnais) réalise 1000 inséminations en 1947 grâce à la semence fraîche de 3 taureaux hébergés au centre de la Tour de Salvagny. En 1949, la coopérative a déjà créé 20 sous-centres sur la seule zone du Bassin Lyonnais et participé à la procréation de 20 000 veaux.
En 1950, les organisations de Savoie, de Haute-Savoie, de la Drôme et de la région de Grenoble sollicitent son aide pour l’approvisionnement en doses et la formation du personnel.


Les dirigeants de la CEBL comprennent très tôt (bien avant la loi sur l’élevage de 1966)  l’utilité de se regrouper au sein d’une Union de coopératives pour ne pas gaspiller les efforts individuels. La stratégie est à la concentration des moyens, à la spécialisation du savoir-faire génétique et à la décentralisation des actions de mise en place par l’insémination. En 1951, la CEBL installe sa taurellerie (bâtiment d’élevage des mâles reproducteurs) et son laboratoire de production dans un parc de 6 hectares sur la commune de Francheville Bel Air, à proximité de la gare de Lyon Perrache pour le ravitaillement par train des colis de semence fraîche aux sous-centres qu’elle ne cesse de créer. En 1952, elle crée l’Union des Coopératives d’Elevage Alpes Rhône (Ucear) à laquelle adhèrent encore aujourd’hui les coopératives du Sud-Est de la France, qui représentent 10% du territoire français et 3% du cheptel national. Au cœur du dispositif : le centre de « Bel Air » fournissait la semence, le matériel, les moyens informatiques et statistiques et s’occupait de la formation des hommes et des programmes de sélection. C’est un lieu de faire-valoir de la création génétique où sont régulièrement invités les éleveurs pour mesurer de visu les avantages de l’insémination. En octobre 2010, le centre historique de « Bel Air » est délocalisé sur la commune de Brindas, au profit d’équipements plus modernes et mieux sécurisés.

1994 : Eliacoop résulte de la fusion de coopératives historiques

Eliacoop est née en 1994 de la fusion de 3 coopératives historiques : la coopérative du Bassin Lyonnais, qui a introduit l’insémination dans la région, la coopérative du Bassin Grenoblois et la coopérative de la Drôme Ardèche. Sa zone d’activité comprend donc de fait 4 départements pleins : le Rhône, l’Isère, la Drôme et l’Ardèche, mais également une partie  de l’Ain et de la Lozère.
Le siège de la coopérative a de tout temps été hébergé au centre Ucear de production de semences et se situe donc aujourd’hui à Brindas, dans le Rhône.

 

Si les éleveurs sont à l’origine du développement de l’insémination en France, l’Etat la reconnait mission d’intérêt général en 1966.
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