Tout connaître de la technique insémination

03 Juillet 2013

L’insémination bovine est une technique qui requiert un équipement spécifique et une formation pointue en anatomie, physiologie et geste opératoire. La réussite dès la première insémination reste l’objectif des éleveurs et des inséminateurs qui doivent tenir compte de différents facteurs pour choisir le bon moment de mise à la reproduction, parmi lesquels la détection des chaleurs et la condition de l’animal.
Retrouvez les conseils de nos techniciens dans les chapitres suivants :
Le matériel nécessaire à l’insémination bovine
Le geste opératoire
Anatomie de la vache
Le cycle de reproduction de la vache
Inséminer au bon moment
Savoir repérer les signes de chaleurs significatifs
L’importance de la Note d’Etat Corporel (NEC)
Les clés de la réussite à l’insémination

Le matériel nécessaire à l’insémination bovine

L’inséminateur est une personne itinérante qui dispose d’un laboratoire embarqué à l’arrière de son véhicule utilitaire. Très organisé, il vérifie chaque matin, avant de partir en tournée, l’état de fonctionnement et la disponibilité de l’ensemble de son équipement.

La semence de taureaux de différentes races

Cette semence est conditionnée en paillettes de 0,25 ml, contenant chacune 20 millions de spermatozoïdes. Chaque paillette est identifiée par un code couleur qui révèle la race, et par un code barre qui assure la traçabilité (nom du taureau, centre de production, date de conditionnement). Les paillettes sont congelées afin d’assurer la bonne conservation des spermatozoïdes. Avant utilisation, elles sont réchauffées à 37°C pendant 20 à 30 secondes dans un décongélateur.

La cuve d’azote

Elle sert à stocker les paillettes et à les conserver dans l'azote, gaz liquide qui maintient la semence congelée à -196°C. L’organisation des paillettes dans la cuve se fait selon un plan de cuve bien précis. Les paillettes sont regroupées dans des canisters, sorte de récipients en métal que l’ont peut monter et descendre dans la cuve.

Le pistolet d’insémination

La paillette se monte sur un pistolet d’insémination protégé d'une gaine sanitaire à usage unique. Longue tige de métal, le pistolet permet une pénétration en profondeur dans l’anatomie de la femelle. A son extrémité : un poussoir permet de libérer la semence décongelée.

L’ordinateur

Il sert à enregistrer l’insémination et assurer sa traçabilité (documents techniques de suivi individuel de la femelle inséminée, reconnaissance du père pour la déclaration de naissance, risque sanitaire, évaluation génétique…).
Eliacoop dispose d’un logiciel spécifique aux coopératives de mise en place du sud-est de la France : Wincia, qui permet la mise à jour et le transfert des données vers le centre Arsoe (réseau informatique de l’élevage) dont nous dépendons : CMRE de Ceyzériat (Ain).

Outre ces éléments indispensables, l’inséminateur doit vérifier qu’il dispose également de petits matériels tels que les vêtements de protection, les gaines et les gants à usage unique, le gel lubrifiant, le produit désinfectant…
L’insémination requière des mesures d’hygiène drastiques afin d’éviter toute transmission d’agents pathogènes entre les élevages. Les inséminateurs sont très attachés à la désinfection systématique de tout matériel, y compris leurs bottes !

Le geste opératoire


Inséminer consiste à féconder une vache ou une génisse en déposant la semence d’un taureau dans le corps de l’utérus, 1 à 2 cm après la sortie du col utérin.
Pour y parvenir, l’inséminateur introduit un bras dans le rectum de la vache (qu’il vide des bouses existantes) et à travers la fine paroi, attrape et maintient le col de l’utérus. De sa main libre, il introduit le pistolet dans le vagin de la femelle, passe le col utérin et presse le piston du pistolet pour libérer la semence.
Cette action épargne aux spermatozoïdes 10 heures d’efforts et garantit leur vivacité : ils n’ont pas à subir l’acidité du vagin ni le passage des plis du col utérin.
Toute la difficulté de l’opération, y compris pour un inséminateur expérimenté, réside dans le passage du col, long de 5 à 10 cm, tortueux et étroit. On estime qu’il faut entre 800 et 1000 inséminations avant de devenir un professionnel aguerri.

Anatomie de la vache


Le tractus génital de la vache présente quatre segments distincts :

Le vagin
Lieu de copulation. C’est un conduit cylindrique de 30 cm de long environ.

L’utérus
Lieu d’implantation de l’embryon puis de la gestation, il est composé en 3 parties : le col utérin, le corps utérin court, les cornes utérines.

Les oviductes
Lieu de fécondation, les oviductes (ou trompes utérines), sont 2 conduits fins longs de 20 à 30 cm situés à l’extrémité des cornes utérines.

Les ovaires
De forme ovoïde, mesurant de 1 à 5 cm, les ovaires sont le lieu de formation des follicules contenant les ovocytes et du corps jaune.

Le cycle de reproduction de la vache

Le cycle sexuel des génisses se met en place à leur puberté, lorsqu’elles atteignent 6 à 15 mois. Elles ne peuvent toutefois être inséminées que si elles ont atteint 40 à 45% de leur poids adulte.
L’apparition de la puberté dépend de la génétique (race, souches) et des conditions de milieu (alimentation).

Le cycle de la vache dure 21 jours durant lesquels se développeront 2 à 3 vagues de croissance folliculaire et plusieurs phases successives sous régulation hormonale. Chez la vache, l’hypothalamus (glande à la base de l’encéphale) génère la GnRH. Cette hormone stimule l’hypophyse qui sécrète à son tour les hormones FSH et LH ayant un rôle sur les ovaires.
A chaque vague folliculaire se succèdent une phase folliculaire qui prépare en 3 à 4 jours les chaleurs et l’ovulation, suivie d’une phase lutéale d’une durée de 17 à 18 jours qui prépare l’organisme à la gestation.

Au cours de la phase folliculaire, la FSH est l’hormone qui stimule la croissance des follicules jusqu’à la sélection naturelle du plus gros follicule (dit De Graaf), qui fera éclore un ovule sous l’action de la LH. La LH est l’hormone qui régit la ponte ovulaire et le développement du follicule éclaté en corps jaune. Au pic de LH, le follicule dominant (De Graaf) devient LH dépendant et libère des œstrogènes responsables de l’œstrus (manifestations des chaleurs). 24 heures après le pic de LH, il éclate et libère l’ovule.

La progestérone est l'hormone de la gestation.

La phase lutéale débute après l’ovulation.
Elle est caractérisée par la sécrétion de l’hormone progestérone par le corps jaune. La progestérone est dite « hormone de gestation » : en inhibant la sécrétion de GnRH et de LH, elle entraîne la dégénérescence des gros follicules (atrésie), ce qui empêche toute nouvelle ovulation. Si l’ovule est fécondé, l’embryon envoie un message au corps jaune pour qu’il reste en place le temps de la gestation et continue de produire de la progestérone. Si au contraire l’ovule n’est pas fécondé ou si l’embryon n’est pas vivant, il y a luthéolyse : l’utérus secrète de la prostaglandine alpha. Sous l’influence de cette hormone, le corps jaune disparait en 24 heures entrainant la baisse du taux de progestérone. Les hormones FSH et LH reprennent le dessus. C’est le début d’une nouvelle vague folliculaire.
 

Inséminer au bon moment

Selon la vache, l’ovulation peut avoir lieu entre 24 à 30 heures après le début des chaleurs marqué par la libération d’œstrogènes et doit être fécondé le plus rapidement possible : l’ovule reste fécondable 8 à 12 heures.
Les spermatozoïdes mettent 6 à 10 heures pour remonter jusqu’à l’ampoule de l’oviducte, lieu de fécondation, et leur pouvoir fécondant diminue au-delà de 24 heures.
Eliacoop recommande de procéder à l’insémination entre 6 heures et 24 heures (jusqu’à 28 heures) après le début des chaleurs.

Savoir repérer les signes de chaleurs significatifs

Les chaleurs durent en moyenne de 6 à 18 heures, selon la capacité de l’animal à les exprimer : état de santé, milieu de vie, saison, alimentation, bâtiment.
Pour que l’insémination soit réussie, l’éleveur joue un rôle important au niveau de leur détection. Un temps d’observation est nécessaire, de 30 minutes 2 fois par jour, lorsque le troupeau est au calme.

Plusieurs signes peuvent être perçus qu’il faut savoir différencier, certains pouvant même apparaissent 6 à 10 heures avant le début des chaleurs. Les signes « non sexuels », marqués par une augmentation générale de l’activité, ne sont pas représentatifs. Parmi les signes « sexuels », seule l’acceptation du chevauchement est considérée comme caractéristique du début des chaleurs.
Eliacoop recommande à ses adhérents d’appeler l’inséminateur dès qu’ils constatent plusieurs signes caractéristiques du début des chaleurs : acceptation du chevauchement, chevauchement, intérêt porté à la zone arrière, menton sur la croupe d’une autre vache.
L’éleveur doit toujours se baser sur une chaleur de référence
notée dans un calendrier de suivi (planning rotatif, calendrier 3 semaines).
Si la charge de travail de l’éleveur ne lui permet pas de libérer ce temps d’observations, Eliacoop recommande au choix l’utilisation de patchs Kamar, de monitorings ou de protocoles de groupage des chaleurs.

L’importance de la Note d’Etat Corporel (NEC)

L’étude NEC+Repro* menée en 2005 dans des élevages du Rhône, de l’Isère et du sud de l’Ain a permis de relier la note d’état corporelle des vaches à leur cyclicité.
En se basant sur la méthode de notation de l’Institut de l’Elevage qui utilise une grille de zéro (très maigre) à 5 points (très grasse), l’étude a révélé le profil type de la NEC d’une vache à respecter pour optimiser la reprise de cyclicité :

  • note de 3,3 au moment du vêlage : la femelle ne doit être ni trop grasse ni trop maigre pour un bon démarrage de lactation,
  • pas plus d’1,5 point de perte d’état durant les deux mois qui suivent le vêlage. Pour favoriser la reproduction, c’est la variation de l’état d’engraissement, plus que l’état lui-même qui est un indicateur important : moins l’animal maigrit, mieux c’est.
  • état corporel à l’insémination de 2,5 au minimum (entre 60 et 90 jours après vêlage).

D’autres indicateurs, comme le niveau de production, le TB ou le TP aident à prendre la décision de la mise à la reproduction.

*Unceia, PEP, Conseil Elevage, Eliacoop

Les clés de la réussite à l’insémination

Pour accroître ses chances de réussite en première IA (Insémination Animale), il est fortement recommandé :

  • de noter toutes les chaleurs,
  • d’inséminer sur une chaleur de référence,
  • de ne pas inséminer pendant les 50 jours qui suivent le vêlage.

Cette préconisation est à adapter selon la vache (niveau de production, NEC, TP, TB)

  • d’inséminer entre 6 et 24 heures après le début des chaleurs,
  • d’adopter un bon moyen de contention,
  • d’avoir recours à un technicien expérimenté.
     

 

 

 

 

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